Biographie - Lisa Simone
14875
page,page-id-14875,page-template-default,,qode-theme-ver-8.0,wpb-js-composer js-comp-ver-4.11.2.1,vc_responsive
 

Biographie

Lisa Simone / My World

« So connected with what’s real »

C’est l’histoire d’une reconnaissance obtenue sur le tard et sur scène avant tout. Une histoire d’amour comme on en voit rarement entre une artiste et son public: des concerts qui s’enchaînent, le bouche-à-oreille qui vaut pour principale promotion. Une histoire « à l’ancienne ».

1000 vies !

Fille de Nina Simone, Lisa a eu une trajectoire singulière. Ballotée d’un continent à l’autre dans son enfance – au gré des péripéties de son illustre mère, Lisa sort de l’orbite maternelle pour intégrer l’US Air Force. Vétéran de la guerre en Irak, elle bifurque et se retrouve à accompagner la star Espagnole Raphael dans le monde entier pendant quelques années. La reconnaissance aux Etats-Unis viendra un peu plus tard avec le groupe phare du courant acid-jazz Liquid Soul (nommé aux Grammy Awards). Le chemin de la scène se faisant de plus en plus impérieux, c’est à Broadway que celle qui se fait appeler Simone prend son véritable envol.
C’est là qu’elle y apprend véritablement le « métier ». Un vrai sacerdoce. Se produire quotidiennement, faire frémir le public peu importe l’humeur et le moment.

Simone gravit rapidement les échelons. D’abord engagée comme chanteuse remplaçante, ses prestations convainquent les productions de lui offrir les premiers rôles. Elle enchaîne les succès dans des shows à gros budget (Rent, Aïda, Le Roi Lion…) et atteint la consécration et se voyant remettre le National Broadway Theater Award (Meilleure Actrice dans une comédie musicale). L’événement est tel que Nina vient spécialement du sud de la France (où elle réside dans la ville de Carry-le-Rouet) pour assister au succès de sa fille unique : joli moment de retrouvailles après tant d’années.
Mais un bonheur vient rarement seul. Nina décède peu après. Simone part en France pour s’occuper de la complexe succession de sa mère. La coupure avec Broadway est brutale, mais elle coïncide avec d’autres aspirations. Peut-être aurat-il fallu que Nina quitte la scène du jazz pour que Simone ressente le besoin (ou ose !) de s’y mesurer.

Lisa ne revient pas à Broadway et se produit alors en dehors des Etats-Unis dans le cadre de tournées internationales avec d’autres stars. D’abord avec les Daughters of Soul (Lalah Hathaway, Nona Hendrick, Indira Khan…), puis avec Sing the Truth (Dianne Reeves, Angélique Kidjo, Lizz Wright).

Une rencontre déterminante

Simone devient Lisa Simone en croisant la route d’Hervé Samb début 2014. Une belle histoire de compagnonnage entre deux musiciens accomplis débute.
Electron libre de la scène jazz parisienne, Samb a lui aussi pas mal bourlingué. Né à Dakar, résident new-yorkais (où il a collaboré entre autres avec Meshell Ndegeocello, Jimmy Cliff, Amadou et Mariam) puis parisien, il est l’un des fers de lance du son africain d’aujourd’hui, à la croisée du blues, du jazz, de rythmiques ancestrales comme de la pop. A l’instar d’autres protagonistes de sa génération, Samb positionne l’Afrique dans l’actualité. Il donne le change à la création européenne actuelle, loin des clichés habituels sur la musique africaine traditionnelle, et développe un langage musical inédit puisé dans les différentes cultures qui l’habitent.

Cette rencontre prend tout son sens dans la lignée des Simone. Nina bien sûr avait en son temps souvent œuvré à contre-courant pour «son peuple». Lisa, à sa manière, continue le chemin tracé. Aux côtés d’Hervé Samb, on entend un des bassistes les plus en vue de ces quinze dernières années, l’Afro-Américain Reggie
Washington, et l’ardent batteur guadeloupéen Sonny Troupé. La diaspora est réunie, le projet fait sens.

Une alchimie musicale

All is Well, le précédent LP, a été une forme d’antichambre de My World. Hervé Samb, directeur musical du projet dès le début, est allé plus loin dans le processus d’arrangement et d’orchestration initié alors. Les compositions et les arrangements reposent sur des choix simples et organiques, choix dictés par la force évidente du groupe : sa valeur acoustique, le « son live », une patine qui ne trompe pas, patiemment rodée au fil de l’activité scénique du groupe.

My World est l’aboutissement d’un équilibre très efficace que Lisa Simone, Hervé Samb et leurs musiciens ont su faire exister sur scène sans discontinuer deux années durant.
My World est le fruit de cette collaboration totale entre Lisa Simone et Hervé Samb, et a été enregistré dans deux lieux différents : dans les contreforts des Cévennes au Studio Recall (qui a accueilli dans le passé Alain Bashung, Noir Désir, Césaria Evora…) et en région parisienne au studio Yellow Sub (Zazie, Garou…). De nouveaux instruments sont venus étoffer le groupe originel. Une section de cuivres et des percussions pour soutenir les titres les plus groovy (Unconditionnaly, Hold on, Tragic Beauty), et un quatuor de cordes pour apporter un supplément d’âme sur My World, Expectations, This Place. Mais cet album est né sous le signe du vocal avant tout : la voix de Lisa Simone est accompagnée par celle de Lisa Spada dans les chœurs, ainsi que par celles des musiciens qui apportent un contrepoint saisissant notamment sur le titre éponyme My World. L’intérêt majeur de cette production repose en effet sur le placement vocal, une forme d’expression humaine primitive, comme pour faire résonner pleinement le message de paix intérieure si cher à Lisa Simone.

Son monde intérieur, des chansons, rien que des chansons.

Avec My World, Lisa Simone ouvre les portes de l’intime en grand. Au gré des chansons, on découvre l’importance de sa famille : un fils lointain dans Ode to Joe ; sa fille RéAnna à laquelle s’adresse la chanson Unconditionnaly et qui interprète avec sa mère un titre clé du disque – I Pray ; sa mère Nina bien sûr, qui lui a dédié le magnifique If You Knew dans lequel elle exprime tout son amour pour sa fille et son besoin d’être auprès d’elle. Nina Simone est également présente dans Tragique Beauty que Lisa a écrit au moment même de la mort de sa mère, et dans This Place qui fait référence à la maison où Lisa a choisi de poser ses valises, à Carry-le-Rouet, et qui a été la dernière demeure de Nina (elle y est décédée il y a douze ans).
A 53 ans, Lisa Simone chante pour nous parler du bonheur de trouver enfin sa place dans ce monde, de vivre tout simplement. Au fil des expériences et des rencontres, elle a su transcender les souffrances passées et souhaite aujourd’hui partager avec le public une joie profonde, une sérénité nouvelle.
Voici ce qu’il restera de ces chansons simples, faussement naïves et somptueuses.

Boris JOURDAIN